Voyage en matriarcat

Présenté comme une alternative au patriarcat, le matriarcat, régime social dans lequel la femme possède un rôle décisionnel prépondérant, gagne de plus en plus d’adepte, notamment par son aspect plus égalitaire que le patriarcat que nous connaissons actuellement.

Grâce aux travaux de la philosophe féministe allemande Heide Gottner-Abendroth, les sociétés matriarcales, jusqu’alors invisibilisées, ont été remises en avant.

Quelles sont ces fameuses sociétés ? Comment fonctionnent-elles ? Eloignées du mythe des amazones, ce modèle est-il réellement plus égalitaire ?

La littérature sur le sujet n’étant pas très variée, je me suis beaucoup appuyée sur les informations que j’ai trouvées issus du travail de Heide Gottner-Abendroth. Le travail de cette femme ouvre une nouvelle voie qu’il faudra continuer d’explorer.

En attendant, je vous propose un petit voyage dans ces sociétés au fonctionnement peu connu. Dans cet article, je vous propose de découvrir ce modèle de société, de comprendre sa diversité de fonctionnement et ce qu’il pourrait nous apporter.

Matriarcat mode d’emploi

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de comprendre les raisons qui ont amenées à une si grande attente avant de (re)découvrir ce modèle de société. Plusieurs pistes sont à prendre en compte :

  • La plupart des ethnologues étaient des hommes occidentaux. Ils ont observé les civilisations à travers le prisme de leur culture, n’interrogeant que les hommes, et biaisant leur analyse sur le modèle qu’il connaissait. Il a fallu attendre l’arrivée de femme ethnologue pour déconstruire cette vision et proposer de nouvelles grilles de lecture.
  • Les matriarcats ne sont pas un miroir des patriarcats. Cela a induit les chercheurs en erreur.

Quelques définitions

Lorsqu’on parle de construction sociale, il faut étudier plusieurs facteurs :

  • Les lieux de « résidence » du couple, soit chez la famille de l’épouse, on parle alors de matrilocalité. Ou chez la famille du mari, que l’on appelle alors patrilocalité.
  • Le lien de filiation, c’est-à-dire la transmission de l’héritage, des terres, titres, etc. Quand la filiation se fait par la mère, il s’agit de matrilinéarité alors qu’on parle de filiation patrilinéaire lorsque celle ci passe par le père.
  • La domination. Quand cette domination sociale, culturelle et symbolique est exercée par les hommes, on parlera de phallocratie. Quand cette domination est féminine, il s’agit de gynocratie.
  • La politique et répartition des rôles décisionnels. Si les pouvoirs politiques sont majoritairement féminins, c’est ce que l’on appelle le matriarcat là où, lorsque celui-ci est masculin, on parlera de patriarcat.

Ces facteurs sont importants, car ils permettent de mieux comprendre les sociétés étudiées. De plus, certaines différentiations sont importantes notamment sur les différences entre matriarcat et matrilinéarité qui sont souvent confondues.

Pour Heide Gottner-Abendroth une société est matriarcale lorsque celle-ci est matrilinéaire et/ou l’économie du groupe est entre les mains des femmes.

Ces sociétés ont comme point commun l’importance portée à la maternité et à la place de la mère. Par exemple, dans la constitution iroquoise, il est écrit que « La descendance se fait par le lien maternel. Les femmes sont la source de la nation, elles possèdent le pays et sa terre. Les hommes et les femmes sont d’un rang inférieur à celui de la mère. »

La mère, source de la vie, est au cœur de la société et les femmes sont toutes des mères en devenir.

« Dans les sociétés matriarcales, la mère est placée au cœur, pas au sommet »

Heide Gottner-Abendroth

Chez les Minangkabau, un dicton indique que « si un homme veut tenir un rôle particulier au sein du clan, il doit être une “bonne mère » »

D’après les témoignages recueillis par Heide Gottner-Abendroth le viol et le harcèlement sexuel n’existeraient pas dans ces sociétés où la femme est respectée.

Égalité et équilibre social

Dans les sociétés matriarcales, les hommes et les femmes ont chacun des tâches à accomplir pour la société. Toutefois, les travaux de recherches ont montré qu’aucune essence qui ferait que certaines tâches seraient plus masculines ou féminines n’a été mise en avant. En effet, dans certaines sociétés, les époux sont aux champs et les dames au commerce, dans d’autre, c’est l’inverse.

Côté politique, on retrouve divers systèmes. Cela va du clan disposant de deux chefs (un homme pour les relations extérieures et une femme pour les affaires internes et l’économie du village) jusqu’à la démocratie participative.

Quelques irréductibles matriarcats

Il existe à travers plusieurs matriarcats qui résistent encore et toujours, malgré une pression toujours plus forte des états patriarcaux.

Je pourrais vous parler des Iroquois (Amérique de Nord), des Basques (France), des Juchilan de Zaragoza (Mexique), des Kinhu (Estonie), des Akans (Ghana), des Guayakis (Paraguay), des Lao (Thaïlande), des Bijagos (Guinée-Bissau) ou des Moso (Chine). Finalement, j’ai choisi de me contenter de vous présenter que trois d’entre eux.

Les Khasis en Inde

J’ai choisi de vous parler de cette population, car l’Inde est aujourd’hui reconnue comme le pays le plus violent envers ses femmes avec sa capitale, Delhi, décrite comme la capitale du viol.

Les Khasis sont une communauté composée d’un peu plus de 1 300 000 personnes. Ils vivent dans une province du Nord est de l’Inde. Là-bas, les femmes sont fières d’être des femmes et ne craignent pas les agressions comme ailleurs dans le pays.

Contrairement au reste de l’Inde où les filles sont considérées comme une charge et où des milliers de bébés féminins de voient jamais le jour, les Khasis désirent des filles. En effet, la filiation étant matrilinéaire, c’est la cadette qui devient la gardienne du matrimoine et la prêtresse de la famille. C’est elle qui distribuera les revenus du clan familial en fonction des besoins de chacun, dans l’intérêt du clan.

Les hommes-protecteurs du foyer (frères ou oncle) sont des sortes de délégués représentant la mère clanique qui prendra les décisions finales.

Suite à la colonisation britannique, la population a été très majoritairement convertie à la chrétienté. Mais il semblerait que cette société ait une autre lecture de l’Ancien Testament où l’homme serait sorti de la côte de sa femme.

Les Umoja, Kenya

L’histoire de cette tribu est relativement récente (1990). Répudiées par leurs maris à la suite de viols perpétrés par des soldats britanniques, ces femmes ont été bannies de leurs villages. Certaines ont décidé donc de s’unir pour former un village « Umoja ».  

Umoja devient rapidement un eldorado pour les femmes ayant besoin de protection (enfuie à la suite d’un mariage forcé ou bannie suite à un viol). Contre le mariage précoce et l’excision, ces femmes refusent ces traditions pour leurs filles et tentent de sensibiliser les villages voisins des dégâts terribles causés par ces traditions barbares. Il est important de rappeler que bien qu’interdite au Kenya, l’excision reste encore très largement pratiquée. On déplore encore que 80 % des femmes soient mutilées.

Concernant la politique, elles utilisent une démocratie participative où chacune a son mot à dire pour la communauté.

Malheureusement, la prospérité de ce village d’Amazone des temps modernes n’est pas acceptée par les hommes des villages environnants qui attaquent périodiquement les Umoja.

Les Minangkabau Indonésie et Malaisie

Plus grande société matriarcale au monde, les Minangkabau comptent près de 8 000 000 personnes, à majorité musulmane.

Les femmes sont en charge de l’économie et des décisions pour la communauté. Les oncles et frères sont en charge de l’éducation des enfants. La filiation est matrilinéaire.

Malheureusement, ces sociétés sont toutes aujourd’hui en danger de disparition au profit des patriarcats des différents états. Si aucune institution n’est parfaite (matriarcat et patriarcat) l’alternative qu’offre le matriarcat, la découverte d’autre conception du monde et l’étude d’un groupe sans domination masculine nous permettent de reconsidérer sous un nouveau jour notre modèle de société phallocratique et discriminatoire.

Bibliographie:

https://www.madmoizelle.com/societes-matriarcales-monde-286441/amp

https://www.topito.com/top-societes-matriarcales/amp

https://www.nationalgeographic.fr/photographie/les-moso-une-des-dernieres-societes-matriarcales/amp

https://information.tv5monde.com/terriennes/en-inde-chez-les-khasis-societe-matriarcale-les-hommes-reclament-l-egalite-210823?amp

https://matricien.wordpress.com/geo-hist-matriarcat/europe/basque/

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Umoja

https://www.jeuneafrique.com/410348/societe/kenya-umoja-village-interdit-aux-hommes/

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Khasi_(peuple)#:~:text=Les%20Khasi%20vivent%20dans%20les,%C3%A0%20plus%20de%201800%20m%C3%A8tres.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Minangkabau

https://www.axellemag.be/le-matriarcat-une-utopie-non-realite/

5 commentaires sur « Voyage en matriarcat »

    1. Merci 🙂 Oui j’ai été très surprise également de voir qu’il avait exister (et existe toujours) un matriarcat Basques!
      Je vais lire le livre de Heide Goettner-Abendroth « Les Sociétés matriarcales. Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde » Je pense qu’il y aura pas mal de choses intéressantes!

      Aimé par 1 personne

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