Féminisme et misandrie: Le féminisme est-il nécessairement misandre ?

Depuis quelques mois, on peut lire de plus en plus d’articles autour du féminisme et de la misandrie. Certains livres comme « Moi les hommes, je les déteste » de Pauline Harmange mettent clairement en avant le lien entre combat féministe et hostilité à l’égard des hommes.

Il faut reconnaitre que cette assertion a de quoi déranger au premier abord. En effet, le féminisme est défini comme un ensemble de mouvements qui ont pour but de définir, promouvoir et atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes. L’objectif de ce mouvement est d’abolir les inégalités entre les sexes dont les femmes sont les principales victimes.

Or, la misandrie étant définie comme une forme de sexisme, nous pouvons nous interroger sur cet oxymore qu’est le féminisme misandre. Quelle est la frontière entre le féminisme et la misandrie ? Mais plus fondamentalement, est-ce que la misandrie ne serait pas, comme le féminisme, une conséquence des discriminations et coercitions que subissent les femmes ?

Une brève histoire de la misandrie

Ce terme est relativement moderne. D’après mes différentes lectures, il serait apparu pour la première fois au Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle. Sa définition initiale était : « haine, mauvaise opinion de l’homme considéré comme injuste et oppressant envers les femmes ». J’attire votre attention sur deux points :

  • Tout d’abord sur la date d’émergence de ce terme qui coïncide avec la survenue du mouvement des suffragettes. En effet, il est troublant de voir une corrélation entre la fondation en 1897 du « National Union of Women’s suffrage societies ». Puis début des années 1900 par de violentes altercations entre suffragettes et forces de l’ordre et l’apparition de ce mot ;
  • Ensuite, observez bien la définition de la misandrie, il s’agit d’une haine orientée non pas vers le sexe masculin, mais vers l’homme considéré comme injuste et oppressant envers les femmes (le macho enfaite ;-))

Ce mot entre dans le dictionnaire français dans les années 70 et remplace le mot « androphobie » utilisé jusqu’alors. Encore une fois, on peut noter que la date de parution de ce mot concorde avec des mouvements radicaux. Ici les mouvements de mai 68 en France où les femmes se sont battues pour obtenir l’avortement et la contraception. D’autre part, la définition française perd le caractère initial focalisé sur les machos et autres masculinités toxiques.

Cette brève histoire nous montre que la misandrie est étroitement liée aux mouvements féministes radicaux. Ce terme semble apparaitre lorsque les femmes amorcent un combat pour leurs droits. De plus, on a pu noter une évolution du mot qui peut porter à confusion suivant que l’on s’attache à sa définition initiale ou moderne.

Emploi actuel du terme «misandrie »

Comprendre le cadre dans lequel ce terme est utilisé avec quelle définition implicite est important afin de mieux appréhender son importance et impact. En effet, comprendre qui utilise ce terme et dans quel but, donne de précieux renseignements.

Hommes en crise de masculinité

Ce terme est souvent utilisé par les détracteurs du féminisme, les misogynes et autres masculinistes toxiques. Ces gens sont généralement des « CIS white male » qui refusent l’égalité des sexes et prônent un retour aux valeurs traditionnelles. Ils détournent généralement la haine à leur encontre en une haine contre le genre masculin discréditant ainsi le mouvement. Ici on retrouve la définition française des années 70. Le processus rhétorique utilisé par ces individus est celui de généralisation de la haine – qui est justement tournée vers des oppresseurs — pour la déviée sur une plus large population afin de favoriser un sentiment collectif d’innocence. C’est à ce moment là que l’on voit apparaitre le fameux « not all men ». 

Stratégie féministe pour faire bouger les lignes

Comme nous l’avons vu précédemment, l’histoire de ce mot est intrinsèquement liée aux mouvements les plus radicaux. Quelles que soient les revendications, lorsqu’elles bouleversent l’ordre établi, lorsqu’elle retire du pouvoir à certains «petits chefs », il y a des mouvements opposés pour maintenir l’ordre établi.

Certaines féministes (souvent les radicales) expliquent que cette haine est une réponse à la misogynie ambiante de notre société et qu’il s’agit d’un processus de défense. D’autres expliquent que leur haine est orientée vers les hommes-oppresseurs et non contre le genre masculin, ce qui est en réalité la définition originale de la misandrie.

Pour finir, il est important de rappeler que le féminisme est un combat et qu’en conséquence, cela implique deux camps qui s’affrontent, créant de fait du mépris entre les opposants.

En résumé, féministes et misogynes utilisent tous deux ce terme avec deux définitions différentes. Les uns dans l’objectif de discréditer leurs opposantes, les autres pour égratigner la vision patriarcale corsetée de notre société.

Les limites de la misandrie

Comprendre et connaitre le périmètre de la misandrie est important, car il permet d’être juste dans nos jugements et d’avoir des opinions éclairées.

Choisir la culture des femmes, plutôt que celle des hommes, n’est pas de la misandrie

Cet automne, le livre d’Alice Coffin « le Génie Lesbien » a fait parler de lui, notamment à propos de la démarche de l’autrice de ne plus lire, regarder ou écouter d’œuvres créées par des hommes. Les médias ont jugé très sévèrement cet ouvrage, lui collant l’étiquette d’ouvrage misandre.

Depuis quand faire un choix personnel de lecture est-il misandre ? Il n’y a pas dans ce cas de haine ni d’hostilité dans le fait de choisir de lire les ouvrages écrits par des femmes. Il n’y a pas tant d’esclandre lorsque l’on parle de discriminations positives notamment à l’embauche des femmes, alors pourquoi ici cela choque-t-il autant ?

Une hypothèse serait que pour la discrimination positive, les choix sont faits par des hommes alors que dans le cas d’une démarche féministe de valorisation du matrimoine, ce sont les femmes qui sont aux commandes.

Le choix de favoriser plus les femmes dans les lectures, films, etc. est un choix qui est de plus en plus fréquent, que l’on soit féministe militante ou non (cf. article sur les habitudes féministes). Et ce choix n’est pas misandre.

Sexisme édenté

La question ici est de savoir si l’on peut réellement parler d’un équivalent entre la misogynie et la misandrie. Quel pourrait être l’impact de l’animosité éprouvée par des minorités contre des membres du groupe dominant ?

La misogynie est aujourd’hui institutionnalisée, on retrouve cette violence à tous les niveaux sociaux et dans tous les domaines, allant de l’écart salarial aux violences conjugales, en passant par la culture du viol. Une telle dynamique semblable n’existe pas chez les femmes. La portée de l’hostilité à l’égard de la gent masculine oppressante ne permet pas de créer des administrations discriminatoires.

Ainsi, il est difficile de faire le rapprochement entre la haine des hommes envers les femmes, qui connait son apogée, et la misandrie qui est une antipathie des femmes à l’égard des hommes-oppresseurs.

 « Not all men »

Dans la définition française de la misandrie, la notion regroupe tous les hommes. Or, tous les hommes ne sont pas sexistes comme en témoignent les Myke menn ou le mouvement rwandais pour la masculinité positive. Si l’on reprend la définition initiale de la misandrie, il s’agit d’une hostilité envers les masculinités toxiques. La création d’un stéréotype masculin violent, mauvais parent, dépourvu de sentiment est une image conçue par un patriarcat nocif.

Néanmoins, il serait important que tous les hommes commencent à réfléchir à une définition de la masculinité qui ne soit pas construite en opposition au féminin.

Si la misandrie est souvent présentée comme le pendant féminin de la misogynie, elle ne représente pas un équivalent, car celle-ci n’a pas le même impact. La prise en main des femmes sur leur avenir, sans rechercher l’approbation masculine n’est pas une offense à l’autre sexe. Nous n’avons pas besoin d’éteindre nos semblables pour briller. Et le besoin d’une redéfinition de la masculinité devient nécessaire pour permettre un réel vivre ensemble égalitaire.

J’espère que cet article vous aura plu, ou du moins vous aura fait réfléchir sur le féminisme et la misandrie dans la lutte pour l’égalité femme-homme. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques, commentaires ou analyses.

Bonne route !

5 commentaires sur « Féminisme et misandrie: Le féminisme est-il nécessairement misandre ? »

  1. C’est compliqué l’équilibre à trouver et coller des étiquettes ne permet pas de contribuer au dialogue, cependant permettre que des voix (et bien souvent celles que l’on entendait le moins… oui des femmes, pas que, mais des femmes bien trop souvent et différentes femmes, il n’y a pas une seule voix de femme et idem pour les hommes) s’élèvent mais si c’est dans un cafouillis dans un premier temps, c’est déjà un bon début, j’ai toujours cet espoir fou que l’on écoute et respecte la parole de l’autre, histoire de dialoguer, votre article donne à réfléchir , merci beaucoup, trè sbonne journée et très bonnes fêtes

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  2. Très belle réflexion cet article ! J’ai beaucoup aimé le livre de Pauline Harmange qui ne dit rien qui justifie le mouvement de haine qu’elle a pu recevoir par certains. Je n’ai pas lu le livre d’Alice Coffin mais je pense que je comprends son choix car on peut parfois être lassé de ne voir que des œuvres d’hommes mises en avant 😐

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